ETRE ou ne pas être, telle est la question ?! W. Shakespeare


« Ce que nous savons est une goutte, ce que nous ignorons est un océan » Isaac Newton

Je privilégie l’aspect phénoménologique que le sens scientifique de cette phrase qui résonne en ma tridimensionnalité. La taille de la goutte et de l’océan a varié au fil de ma propre évolution temporale dans le monde, de mes connaissances intellectuelles acquises, de mes inspirations des sagesses spirituelles et sur moi-même en tant qu’être et non « étant ». Pour autant, plus j’approfondis mes connaissances (toutes confondues) l’écart avec l’océan n’en ai pas moins proportionnellement réduit. Mon esprit ouvre des portes non encore soupçonnées et plus j’ouvre de portes, plus de nouvelles s’offrent à moi. Une infinitude de prise de conscience où la seule limite sera celle de mon corps qui, comme la plupart d’entre nous, j’en ignore sa finitude.

Comme la connaissance, il y a un point de partance et un point d’arrivance auxquels j’ajouterai un point d’intersection situé en amont et en aval, telle la forme de l’ADN. Pour moi, le point d’arrivance et de partance n’est pas un point « final », mais un point qui amorce un nouveau point de partance ou d’arrivance. Où point de partance et d’arrivance se fondent en UN, où l’un l’autre se nourrissent, se transcendent et se transforment.


C’est ainsi que je ressens la vivance des 3 cycles de la Méthode Caycédo :

- Découverte (point d’intersection avec ce que je croyais connu et mon nouveau regard, mon propre dévoilement) ;

- Conquête (point de partance de mon monde ontique vers mon ontologie)

- Transformation (point d’arrivance, naissance de mon être existentiel doté de mon intégrité et ma responsabilité d’être un Être-se projetant-dans-le-monde ; nouveau point d’intersection vers mon advenir et son champ des possibles.


« L’essence de l’homme se détermine à partir de la vérité de l’être, laquelle se dépolie en son essence du fait de l’être lui-même. »

Martin Heidegger


Il ne suffit pas d’être soi pour être Soi, puisque nous sommes Soi lorsque nous devenons Sujet de soi, Soi Sujet et non Objet. Tout autant, il ne suffit pas de naître humain pour être un être-humain (dans le sens humanicité : « phénomène humain, ce sans quoi un être humain ne serait pas un être humain » Dr Michel Guerry), car nous pouvons être des êtres de chaires et de sang et agir dans la vie de manière inhumaine (la non reconnaissance de la vie, de l’autre dans toute sa dimension). Vivre est un mouvement mu par la vie elle-même, être sujet de sa vie demande un mouvement de convergence de conscience, la réflexivité.

Nous pouvons évoluer au fil du temps dans une conscience naturelle sans que les organes vitaux s’arrêtent de fonctionner (n’en demeure pas moins qu’ils peuvent en être affectés par l’impact de l’Esprit sur le Corps ↔ du Corps sur l’Esprit). Nous pouvons donc :

- Boire (certes s’hydrater ou s’enivrer),

- Manger (qui diffère de se nourrir) ou pas,

- Étudier (telle une quête de savoir comme une soif sans fin voire sans « faim »),

- Échanger avec le monde mondain (et non communiquer),

- Devenir des géniteurs (qui diffère de parents dans leur rôle d’accompagnement de leur(s) enfant(s)),

- Se percevoir comme un être happé par les obligations inhérentes à la vie sociétale (et prendre le risque de passer à côté de l’essentiel, son essentiel propre).


En sommes nous pouvons traverser les courants de la vie telle une barque sans gouvernail.


Le soi non incarné se déploie dans le monde en tant qu’objet du monde bercé dans l’illusion. Illusion car le regard est voilé et entrave le discernement entre ce qui « semble être » et « ce qui est vraiment ». Saisi de cette manière, le monde se situe au niveau ontologique de l'être (en allemand Sein) des étants (Seiendes) du monde et de la conscience.) et des faits et selon la signification (Sinn) du monde et de la conscience.


Je porte des lunettes de vue depuis un moment maintenant, je suis astigmate hypermétrope. Rien de dérangeant dans ma quotidienneté pour autant, les porter me permets de lire, regarder un bon film ou encore rédiger ces lignes, de me relire, rectifier les fautes de frappes, repenser mes phrases dont l’idée mise en noir et blanc est affinée. J’ôte mes lunettes… et là… tout est flou, je distingue assez mal le contenu et je prends le risque de m’exprimer dans une écriture erronée et où le sens n’y serait plus. Ni pour moi en me relisant (cette fois dotée de mes lunettes) ni pour la personne qui lira ma page. C’est symbolique (et vivantiel), pour ainsi dire que j’ai le libre choix de me complaire dans mon flou (visuel) ou faire en sorte d’améliorer mon existence en les portant et de ce fait d’avoir une vue distinguant nettement ce qui m’entoure et sur lequel je peux agir (comme mes mots posés). Qu’est-ce qui me permets de prendre conscience que ce « flou » freine ma vision du monde et ainsi le voir tel qu’il est ? Qu’est-ce qui m’invite à me dire au plus profond de moi-même que ce champ visuel n’est pas ma véracité mais une réalité (subjective) parmi tant d’autres ?

J’ai lu la vie de Charlotte Salomon (1917-1943) et vu lors d’une exposition au musée de Nice ses œuvres peintes à la gouache appelées sous le nom « Leeben oder theater » qui se traduit de l’allemand par « vie ? ou théâtre ? ». Oui, mon questionnement peut se résumer ainsi ou encore de mon regard de Sophrologue, quel est le cheminement qui m’a mené de l’attitude naturelle à l’attitude phénoménologique ?

Le doute !

Non celui du monde dans son existence d’être monde mais dans le vivre peut-être autrement. Cette intuition « d’un autrement » qui me permet de remettre en question l’environnement (aussi bien mon monde externe que mon monde interne). Première réduction d’Husserl où l’idée que je me fais de…, ma perception des choses dont je doute, demeure ce qu’elle est mais je la mets pour ainsi dire « hors-jeu », une mise entre parenthèse dépourvue de jugements (l’épokhé). Cette abstraction de l’existence des choses pour mettre en évidence leurs essences (réduction eidétique). Ce sentiment intuitif, ma voix intérieure, peut rester dans un recoin de mon esprit tel un « Jimminy Criquet aphone » si je ne m’en saisis pas pleinement, si je ne lui fais pas de place en interne pour la laisser émerger (la rencontre intentionnelle Corps-Esprit-Conscience-Âme). C’est la mise en jeu de mon « Je » en tant que Sujet et non plus en tant qu’Objet du monde, la prise en considération de mon être en tant qu’être faisant parti du monde et singulier dans ce que j’émane, dans ce que je Suis. Moi Sujet transcendé par l’Objet qui est l'apparaître Conscient de mon Être (théorie du corps de Maurice Merleau Ponty) de mon être-là (la Dasein d'Heidegger). Je deviens « actrice », sujet modifié responsable de ma responsabilité d’être. Je ne parle pas de responsabilité dans mon évolution sociétale ou en tant que maman. Celle-ci est donnée en définition par le Larousse comme « Obligation de répondre de ses actes », elle dépend d’une attitude morale, en lien avec l’aspect juridique qui légifère les droits et obligations en tant que citoyenne, ou de l’environnement dans lequel j’ai grandi, l’éducation reçue et dont je garde et transmets ce qui me parais juste. Les actions et les non-actions commises impliquent des conséquences, une forme de « cause à effet » qui ne prend pas en compte une autre dimension, celle de la valeur intrinsèque (du latin intrinsecus, intérieurement) de ma Responsabilité. Elle, elle ne s’apprend pas dans les livres, par l’éducation, les rencontres avec l’alter-égo. Elle est là dans ma coupe de la vie, ne demandant qu’à être écoutée et lui permettre de se déployer en toute équité, en âme et conscience.

Au terme de mon cursus Master Spécialiste en Sophrologie Caycédienne je suis mue par les valeurs qui ont renforcé mon vivant et émue de voir la personne que je suis devenue. En fait l’être qui était au fond de moi, qui attendait simplement que j’en prenne Conscience. Lever le voile sur mes perceptions erronées pour laisser émerger ma propre vérité existentielle. Celle de ma responsabilité propre liée à ma profession de Sophrologue Caycédienne dans une juste posture pour accompagner toute personne dans une pure alliance sophronique vers sa propre lumière.




Rédigé en Décembre 2017 lors de mon Master Spécialiste en Sophrologie Caycédienne

- Brigitte Spugnini -

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